mardi 3 janvier 2012

LAWRENCE d’Arabie (1888-1935), la déchirure; anglais, arabe, misogyne, homo, violé, militaire, amoureux, irréductible, traître, mégalo mais fuyant la gloire jusqu'à la mort, et écrivain. Un symbole ! Gertrude Bell, une traîtresse trahie..

(Bilingue français-anglais, bilingual french-english)

Lawrence of Arabia (1888-1935) the tear : a double face man, english and arabic, misogynist and libertarian, gay and puritan, military and romantic lover, traitor and loyal, irreducible and devious, megalomaniac and fleeing glory unto death, otherwise raped and writer. A symbol !  
And Gertrude Bell, a betrayed traitor ..

"Les sept piliers de la sagesse"
est dédié à son jeune amant arabe
en ces termes poétiques:
"I loved you, so I drew these tides of men
And wrote my will across the sky in stars
To gain you freedom,
That your eyes might be shining for me
When I came."
"Je t’aimais, ainsi ai-je levé des marées d’hommes
Et écrit ma volonté dans le ciel et les étoiles,
Pour que tes yeux brillent quand je venais."
[Note de moi : ne se prendrait-il pas
un peu pour Alexandre? passons..]

___________________
 
UN PERSONNAGE TOUT EN CONTRASTE

 "Tout ce à quoi tiennent les hommes – l’amour, la camaraderie, l’amitié- est impossible dans l’hétérosexualité. La femme est une machine vouée à l’exercice musculaire, une machine à satisfaire les appétits physiques mais l’homme ne peut assouvir ses aspirations que parmi ses semblables car l’union corporelle est complétée par l’union spirituelle… quelque chose de plus que la simple attirance charnelle." (1ère traduction des "Sept piliers de la sagesse".) Sans commentaires, c'est trop mignon !!!

Né d’une union deux fois adultérine -ce dont il eut honte toute sa vie- entre un père baronnet et une domestique pour qui celui-ci avait quitté sa première épouse, Thomas Edward Lawrence étudie à Oxford et se destine à l'archéologie. Au cours de fouilles en Syrie, il rencontre en 1911 celui qui deviendra son grand amour, Dahoun, 15 ans (photo). Il lui apprend lecture et écriture, Dahoun, l’arabe et en 1913, il l’emmène en Angleterre –ce qui scandalise– ; de retour en Égypte, ils vivront ensemble jusqu’en 1917. Dahoun mourra du typhus, le laissant inconsolable.

Lors de la guerre de 14, il est affecté au service géographique du Caire puis dans les services secrets ; parlant plusieurs dialectes [moins parfaitement qu'il ne l'affirme, de même qu'il s'octroie parfois dans ses écrits un rôle plus important qu'il n'a eu, occultant ses rivaux français comme le général Brémond] s’habillant comme un arabe, ayant noué des relations avec les tribus, il convainc ses amis de lutter contre les turcs [alors alliés des allemands] notamment l’émir Fayçal qu’il aide à réorganiser son armée. Le 6 juillet, 1917, avec Auda Tayi, après une périlleuse traversée du désert, il prend à revers le port d’Akaba, les canons turcs étant dirigés vers la mer, une victoire stratégique inespérée.

Mais en novembre, sa vie bascule : fait prisonnier, torturé et violé par un officier turc et ses hommes, il écrit "mon intégrité personnelle a été irrévocablement perdue." Le viol ayant généré un fort sentiment de culpabilité par la jouissance qu'il en a tiré, sa vie devient un combat. L’éducation reçue de sa mère puritaine rigoriste -malgré sa vie hors norme ! - qui le frappait durement le fonde à honnir le masochisme comme une honte impardonnable.. mais aussi à penser que la douleur efface le péché.

Sykes
Le 1er octobre 1918, à la tête des troupes de l’émir Fayçal, il entre dans Damas avant l’arrivée des troupes britanniques du général Allenby. "Le roi d’Arabie sans couronne" comme on l'appelle alors accompagne l’émir en Angleterre puis à la Conférence de la Paix à Versailles où il s' "aperçoit" qu'il a trahi ses amis arabes. [Il semble pourtant difficile de croire qu'il n'ait rien sur des accords "secrets" Sykes-Picot* passés entre l'Angleterre et la France sur le démembrement de l'Arabie après la victoire] : les alliés se partagent Égypte et la Syrie comme prévu, l’une est placée sous protectorat anglais et l’autre sous protectorat français. Il démissionne alors de son grade de colonel et écrit. "Le plus puissant des motifs qui m’avaient fait agir est un motif personnel que je n’ai pas mentionné dans ce livre mais qui fut présent à chaque heure. Ce motif est mort avant que nous eussions pris Damas." Une jolie histoire romantique et sotte : une chance que le bel éphèbe -un peu trop jeune pour lui, ici on n'est pas très loin de la pédophilie- n'ait pas été allemand et que les goûts de Lawrence l'eussent plutôt poussé vers l'exotisme moyen oriental !


Les accords Sykes-Picot, démembrement de l'empire ottoman!
 Il sait passer pour un traître aux yeux des arabes -ce qu'il est en un sens- et pour se démarquer, refuse les décorations offertes par le Roi d’Angleterre en des termes on ne peut plus clairs qui peut-être finiront par lui coûter la vie : "J’ai fait certaines promesses au roi Fayçal et ces promesses n’ont pas été tenues.. Il n'est pas exclu que nous nous retrouvions des deux côtés opposés lors d'un engagement militaire et il ne serait pas convenable que je combatte avec ces décorations." Acte de bravoure? pose peut-être ordonnée pour se dédouaner aux yeux de ses amis arabes? Il demeure qu'en février 1920, Winston Churchill, Ministre des Colonies, le nomme conseiller pour les affaires arabes. Mais, se sentant à nouveau manipulé, Lawrence démissionne. Le refus des grandes puissances de créer ce "royaume d’Arabie", le sentiment d’avoir trahi la confiance de ses compagnons d'armes, la découverte de son masochisme le fondent à fuir, à se fuir comme pour rechercher la mort écrit-il. Il s’engage sous un pseudo comme simple soldat dans la Royal Air Force en 1922. Exclu car reconnu, en 1923, il choisit un autre nom pour rallier le Royal Tank Corps. En novembre 1923, quelques amis dont Bernard Shaw lui obtiennent une pension.. qu’il refuse ! Il veut être réintégré dans la R.A.F, c'est accepté à condition qu’il ne quitte plus l’Angleterre et cesse tout contact avec des amis importants. C'est mal le connaître, agent secret un jour, agent secret toujours. Il consent jusqu’en février 1935 et le 13 mai, roulant à moto -sa passion quasi suicidaire pour la vitesse est connue- sur une route étroite, il découvre en haut d’une côte deux garçons à bicyclette, les évite, fait une embardée et meurt cinq jours plus tard sans avoir repris connaissance. Cet accident a pu être provoqué par les services secrets pour faire taire à jamais un irréductible instrumentalisé qui en savait trop, s'était révolté -ou s'était retourné*- par sens de l'honneur [ou par amour!] qui avait de puissants amis partout.. et dont la célébrité -qu'il fuyait désespérément après l'avoir recherchée jusqu'à la mégalomanie avec un remarquable talent- pouvait faire basculer le fragile équilibre du Moyen-orient... et qui de plus.. écrivait beaucoup !"  A partir de Michel LARIVIERE   "On vous l'a caché à l'école" (lien.)

Fayçal I, "le tuyau vide"
*C'est le plus probable car il est quasi impossible qu'il ait ignoré ou ne se soit pas douté -et du reste il le dit lui-même à mi mot- de ce qui allait advenir de ses compagnons et alliés après la victoire, connaissant les principes colonialistes de l'Angleterre auxquels du reste il ne s'opposait que très mollement -par exemple il n'était pas favorable, quoiqu'il en ait dit ensuite, au "Royaume uni d'Arabie" voulu par le cheik de La Mecque mais au morcèlement de celle-ci en une multitude d'états qu'il serait plus facile de gouverner par pions interposés, et dans ses projets, établissait des différences de traitement considérables entre chacun en fonction de ses propres affinités avec leurs chefs "historiques" ou suscités -par lui ou d'autres agents secrets anglais comme Gertrude Bell-.. peut-être aussi en fonction de leur soumission présumée : Fayçal par exemple eut ses faveurs -Lawrence contribua avec Bell à lui faire obtenir le royaume de Syrie- bien ou parce que! il le méprisât profondément : "il était pire que faible, vide, ­ juste un grand tuyau dans lequel le vent s'engouffrait" écrit-il de son "ami" [shunté lors que la première édition du livre.]
 
Il n'était donc pas tout à fait le défenseur des arabes autoproclamé selon l'image ciselée qu'il offrait sur son méhari, kuffieh et saroual, peut-être sur ordre de l'Angleterre et qui seule est demeurée de lui dans l'Histoire ; en fait, c'était plutôt le contraire, ce sont les arabes qui ont jeté toutes leurs forces dans la guerre et défendus les alliés plus que l'inverse. Lui s'était adapté à la féodalité de l'Arabie et s'en était servi pour l'Angleterre... ou encore, ce romantique amoureux aurait changé de position au fur et à mesure qu'il vivait avec ses amis bédouins, appréciant leur culture, la liberté -notamment sexuelle- dont il jouissait, que l'Angleterre était loin de lui permettre, au point de se retourner ensuite contre les siens. Il en va autrement de Gertrude Bell son "homologue féminin" (1868-1926) moins connue mais dont le rôle politique est plus important, une intellectuelle à la tête plus froide, plus logique..



Comme toute lady soucieuse de son rang, elle voyageait chapeautée et corsetée avec une sorte de cour, parfois cependant dans des conditions effroyables qu'elle accepta stoïquement.. Mélange d'arrogance et de réelle générosité, parfaitement conforme aux règles de son milieu, elle refusera d'épouser l'homme qu'elle aimait parce qu'il n'était pas solvable, mais par ailleurs d'un courage hors norme, hautement consciente de sa valeur -elle fut la première femme docteur d'université- mais violemment hostile au droit de vote des femmes, trop "incultes" disait-elle, le personnage est admirable et pathétique à la fois. Comme Lawrence, elle chercha au Moyen Orient la liberté dont elle ne bénéficiait pas en Angleterre -mais chez elle il ne s'agissait pas de sexe-. D'une immense culture -ceci doit sans doute être revu à la baisse étant donné son rang social- elle se montra sincèrement désireuse de préserver le patrimoine inégalé découvert lors de ses fouilles et imposera que les objets demeurent sur place, recueillis dans un musée. Recrutée comme agent secret, son intelligence, son culot et son esprit d'initiative enflammèrent les révoltes arabes; son rôle fut plus politique que celui de Lawrence -elle ne combattit jamais directement- mais comme lui, elle criera à la trahison en "apprenant" la teneur des accords Sykes-Picot où dès 1916, France, Angleterre et Russie se partagent le Moyen orient avant même de l'avoir arraché aux turcs, une évidente hypocrisie. Mais pendant que celui-ci, sans doute plus sincère, plongeait dans une lourde dépression, celle-là, surnommée "la reine du désert" parvint en 17 à installer Ibn Saud sur le trône d'Irak. Peu après, le souverain, soucieux de se forger une posture royale conforme à son nouveau rang blackboulera sans états d'âme celle qui l'avait intronisé : femme, anglaise, gaour, une encombrante cariatide pour un prince arabe musulman.. et, désavouée par tous y compris par les siens, elle se suicidera à 48 ans -probablement- par surdose de barbituriques, supportant mal qu'elle qui avait trahi, fût-ce pour une juste cause, le fût à son tour et des deux côtés -ce qui est pourtant logique- : l'antiféminisme vous rattrape toujours, même lorsque l'on s'en croit à l'abri par la fortune, l'intelligence et la réussite inégalée d'une carrière exceptionnelle.


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Lawrence of Arabie, 
an english secret agent in 1914


Born of an adulterer union, what whose he was ashamed all his life, Lawrence studied archaeology at Oxford, then went in middle east for excavations, in middle east where he met Daoun, a young arabic man who became his great love. He learnt arabic and wrote for him the dedication of his book, “the seven pillars of wisdom”. During the war of 14, he was engaged by the english army as secret agent, to lift the arabs against their occupants, the turks, allies of germans. Thus, dressed as an arab, arabic speaking, and still on his dromedary as shows the romantic image we still have of him, he fought victoriously with arabs against turkish. But, consciously or not, he betrayed his arabic companions because England, France and Russia had planned, after the victory, to share the Middle East between them (cf the secret deal, said Syke-Picot between these three countries.) An tragedy into one other tragedy : during the war, made prisoner by the Turkish, he was tortured and raped by several soldiers : this drama changed all his life because, then, he discovered his masochism ; his puritan education led him to feel ashamed, guilty, torn. Therefore he seemed to seek the death as he said (as his passion for the speed maybe reveals)

Deceived, above all desperate by Daoun's dead, he returned in England and found the dead in a strange accident, maybe a murder. He knew too much things and had no intend to be silent.

Gertrude Bell,
another one

Born to an affluent industrial dynasty in England, young Gertrude dazzled with her range of knowledge, her air of certitude, and her daring. She was the first woman to qualify for a coveted First Class degree in modern history at Oxford. During a subsequent "Grand Tour", she scoured the Ottoman Near East, mastering its ways and languages. As a pioneering field archaeologist, she learned to live like and with the bedouin. She wanted the priceless artifacts discovered during her archaeological excavations be kept in the country where they were found, in museums and refused these to be stolen -sent in England- as it was the custom ! Recruited by British intelligence during the First World War, she helped ignite the arab revolt against the turks and then worked with Lawrence to enthrone in Iraq the hashemite Fayçal I. Disheartened by an ingrate monarch, her counsel no longer sought by her superiors, Bell died of an overdose of sleeping pills just short of her fifty-eighth birthday. Maybe a suicide.


lundi 2 janvier 2012

Suicides toujours -ou presque- annoncés

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A savoir : la plupart des suicides d'adolescents, d'adultes ou de vieillards -la majorité sont le fait de gens âgés- sont annoncés -parfois très clairement-. L'adage "qui en parle ne fait pas" est totalement inexact. Par parenthèse, il en va de même des meurtres (!) : presque toutes les femmes victimes de leur compagnon -ou d'autres- ont été menacées de mort au préalable et souvent plusieurs fois, avec détails. Lors des plaintes, les policiers, les gendarmes -surtout autrefois- évaluaient rarement le risque réel de "passage à l'acte", désabusés, désinvoltes... jusqu'au drame "imprévisible" (lien).

C'est pourquoi il faut être à l'écoute, et pas seulement des adolescents. Ne jamais négliger une réflexion qui peut passer pour excessive, ironique, au second degré, une menace, une attitude inappropriée... Il est navrant ensuite d'entendre "on ne savait pas" ... "on ne pouvait pas se douter que"... "il semblait si incapable de faire ça..." Il n'y a pas de profil visible de meurtrier, de suicidaire ou du moins ne le perçoit-on qu'après, lorsque l'acte est commis. Trop tard. Le seul indice fiable est sa parole -et il n'en est pas avare-... que l'on ne prend pas en compte.

On ne savait pas ? Si, on savait, oui, on devait se douter, et oui, par facilité, par ignorance, par indifférence, on a laissé filer. Il est plus facile de douter voire même d'incriminer un individu qu'un système. L'hypocrisie est quelque fois flagrante, à l'exemple d'une ado qui avait prévenu plusieurs fois que si on la laissait à l'école normale -en le cas, d'Aix en provence- où, plus jeune que les autres, isolée, elle était quotidiennement harcelée par une bande et par des profs, elle ne "tiendrait pas" et se tuerait ; "crise d'adolescence banale, ça lui passerait", moqueries même -on l'avait surnommée le saule pleureur et chaque lundi, une des caïds de la meute s'interrogeait à voix haute en riant : "elle ne s'est pas suicidée ce week end ? Quel dommage!"-
Elle l'a fait. Et avec une superbe unanimité, camarades, personnel, enseignants et même parents -certes effondrés- ont affirmé ne s'être doutés de rien, chacun renvoyant la faute à l'autre. Elle a survécu, non indemne. TOUS  ensuite se sont renvoyés la balle hystériquement, lui demandant sans vergogne dès son réveil du coma (!) -sourde provisoirement-, embusqués tels une meute de chacals, de les dédouaner -donc d'incriminer les autres... et par écrit si possible-. Cette ado, c'était moi. C'est ainsi que je suis entrée dans la vie d'adulte. Sans illusions. HL


vendredi 16 décembre 2011

Affaire Bamberski

Une affaire ahurissante où l'on voit l'impensable inertie de la justice surtout allemande devant un crime -et sans doute d'autres viols- qui interpelle : pourquoi? Il faut lire le site d'André Bamberski -mais bien s'asseoir auparavant car littéralement on a du mal à y croire-. http://a.bamberski.pagesperso-orange.fr/index.html

Bravo à cet homme qui jamais n'a baissé les bras.. et va être poursuivi à présent pour "kidnapping" (!) puisque, devant l'absence de réaction de la justice allemande et le peu d'empressement à la justice française à exiger l'extradition du criminel, il l'a sans doute fait embarquer et amené en France puis laissé devant le palais de justice ficelé comme un saucisson. Reste la question : pourquoi cette inertie qui a contraint André Bamberski à agir seul, dans l'illégalité peut-être ? Comment prétend-on protéger les enfants alors que de tels drames se déroulent dans la quasi indifférence de tous ? 

Et surtout, quels sont ces leviers d'une telle puissance qu'ils ont permis à Krombach d'agir quasi impunément -des pères de la trempe de Mr Bamberski capables de se battre 29 ans sans faiblir ne sont pas légions car un tel combat requiert une force intellectuelle, affective et des moyens financiers que tout le monde n'a pas-. 

Une femme heureuse
 Notons encore un drame dans le drame : il ne fut même pas aidé bien au contraire !même  par la mère de Kalinka, son ex femme remariée avec Krombach, apparemment peu soucieuse elle aussi de ferrailler contre son puissant second mari dont elle était séparée, même si tout montrait qu'il était l'assassin de sa fille ! Le déni le plus total. De bonne ou de mauvaise foi? Les deux sans doute, il est toujours plus facile de croire ce qui vous arrange y compris dans ce cas extrême, un homme charmant dit-elle, généreux, la couvrant de cadeaux, juste volage et attiré par les très jeunes filles, une broutille en somme. De même des mères refusent-elle parfois de "voir" l'inceste dont est victime leur fille pendant des années et font les étonnées ensuite lorsque celui-ci est dénoncé.. voire même persistent dans le déni, taclant celle par qui arrive le scandale et non le bourreau qui en est responsable. Quoi de pire ? 

Bravo à Mr Bamberski, qu'il faut soutenir dans son procès pour "kidnapping"..  intenté sans rire pour avoir peut-être embarqué ou fait embarquer l'assassin de sa fille. Lorsque la justice défaille (POURQUOI?) n'est-il pas normal de l' "aider" en quelque sorte? certes c'est le problème car il peut arriver que cette "aide" devienne vengeance et soit disproportionnée au dol subi et au châtiment encouru. Ici ce n'est absolument pas le cas, Krombach n'a pas été "abîmé" et je me demande, au cas où c'est bien Mr Bamberski qui l'a fait ramener dans le pays qui avait demandé son extradition (en ce sens il n'aurait fait qu'accomplir ce qu'ordonnait la loi, même si cela ne lui incombait pas personnellement) combien de pères ou de mères ayant devant eux l'assassin de leur fille se seraient conduit avec un sang froid qui confine à de l'héroïsme? [Perso, je pense que, comme beaucoup, je n'en aurais laissé que des miettes et qu'il n'y aurait plus eu grand chose à juger après.]

lundi 21 novembre 2011

La mort d'Agnès dans un lycée-collège chic à la clientèle soigneusement triée -du moins financièrement-. Une délicate hypocrisie

17 hectares de parc dit la brochure
Un collège-lycée privé avec internat dont, si j'ai bien lu, les frais de scolarité s'élèvent par année (en internat ou seulement pour l'internat?) à 10 600 € plus les 500 d'inscription et autant de scolarité pour ceux qui ne sont pas du "plateau vivarais", à quoi s'ajoute le coût des gardes spéciales pour les vacances non comprises, ça doit tourner autour de 3000 €/mois ou davantage. 

Leur brochure en deux langues anglais-français est est ici (lien) avec en exergue cette belle formule "De la différence de chacun, créons une richesse", ou "éduquer aux responsabilités"* (!) and so on. Quelques autres, savoureuses, prônent l'humanisme, la non violence, le respect des cultures et annoncent comme profession de foi de l'équipe enseignante "le désir de développer chez l'enfant des qualités morales et intellectuelles de tolérance".. 

Alors une question: les administratifs et/ou actionnaires savaient-ils qui ils accueillaient réellement dans leur bel établissement? Une entreprise commerciale, comme toute entreprise doit générer du profit.. et ces formules d'accroche rendent à présent un son particulièrement cruel (lien) Il nous a semblé que son projet pouvait être compatible avec la politique pédagogique de l'établissement dit en substance le proviseur. (Ça oui.. mais pas comme il le pensait.)


Au moins ce reproche ne peut-il être fait aux établissements publics, non exempts de désinvolture certes (lien) . Autre question : des inspecteurs de l'Education nationale sont-ils venus visiter ce paradis comme c'est leur rôle ? Ont-ils jugé qu'ils pouvaient s'en dispenser étant donné le niveau financier et peut-être (?) intellectuel des parents et de l'établissement? Comment les profs étaient-ils nommés? Le présumé coupable a-t-il parlé à l'un d'eux? A la psychologue puisqu'il semble qu'il y en avait une? Celle-ci a-t-elle répercuté?


* "Éduquer aux responsabilités" est la formule classique et révélatrice des établissements se donnant pour mission de formater à prix d'or l'élite des futurs décideurs politiques ou administratifs.. ou à l'autre extrémité de "récupérer" des enfants déjà, comme on dit pudiquement, "à problèmes". Par ailleurs, on peut s'étonner que dans un collège où les élèves semblent peu nombreux et excellemment pris en charge, une jeune fille qui n'a pas 14 ans "sorte avec" -comme on entend dire par ses camarades, c'est à dire? couche ? Où ? Dans la nature?- avec un garçon de 17 sans que cela apparemment n'émeuve personne, un gars qui avait déjà eu "des problèmes", toujours la formule!.. avec une fille en juin dernier sans pour autant que le proviseur ou un membre de l'équipe n'ait songé à se renseigner sur les causes de ses "problèmes" ayant généré quelques "ennuis" judiciaires, je cite encore. Qu'on ne se moque pas: une telle condamnation à son âge, non ce n'étaient pas un vol de mobylette ou des incivilités! J'ai été proviseur : on "y" pense, ce ne peut être qu'un viol ou tentative. Ces formules d'understatement qui confinent à de l'hypocrisie noient le poisson sous prétexte de réinsertion; la réalité est que l'on ne sait littéralement pas "quoi" faire de certains jeunes que l'on cherche à fourguer à qui ne se montre pas trop regardant, le privé si les parents ont les moyens est l'idéal. Ce faisant on fait courir des risques à tous. Il a eu "des ennuis" avec la justice; "des problèmes avec une jeune fille"; Agnès "sortait avec lui".. Non! Il avait violé avec préméditation (et sans doute préméditation de meurtre étant donné l'outillage, un coup de fil de sa mère avec un téléphone visuel ayant sauvé in extremis la gamine, un miracle et une intuition extraordinaire); avait tenté de récidiver une fois, s'était donc lié dans ce bel établissement à une future victime de 13 ans et a recommencé mais cette fois en suivant son plan jusqu'au bout, pratique les 17 hectares sauvages entourant les chambres. Un drame annoncé.

Lorsque l'on voit les bois sinistres qui entourent le coquet bâtiment -on a cherché Agnès toute la nuit, en vain malgré un déploiement de moyens impressionnants-, lorsque l'on comprend que durant une journée entière d'hiver (la nuit tombe vite et c'est désert) de "liberté", sans la moindre surveillance, la gamine, qui sans doute avait déjà des relations avec lui (jusqu'où?) s'est retrouvée seule avec ce multirécidiviste du viol (ou de tentative de meurtre), on croit un thriller un peu chargé. Il avait tout prévu, s'était comme la première fois muni d'objets, l'a violée et torturée à mort en prenant son temps, puis a brûlé son cadavre, tranquille au fond des bois. Personne n'a rien vu (et pourtant brûler un corps n'est pas simple, c'est long, cela dégage des fumées, l'odeur est effroyable etc..) En somme, l'endroit était idéal.

lundi 14 novembre 2011

Le macho, sous le plastron, le babygros


Il faut tordre le coup à l'idée-cliché du macho viril, fort et quasi aimable auquel on concède toute prérogative parce que, sur un personnage de telle envergure, nous faibles femmes pouvons nous appuyer sans risque. Le repos de la guerrière. En fait, le macho est un fragile qui redoute tout, ne sait pas exister par lui-même, une chiquenaude le déstabilise et qui le cache avec plus ou moins de brio. C'est ce qui le rend dangereux parfois en cas de rupture: il a tout perdu. Lorsque ses exigences sont multiples, exorbitantes ou contradictoires, il pratique avec constance "la maman et la putain" [ou "les" putains, qui du reste ne sont pas plus putains que nonnes, mais il fait comme si, c'est plus simple.] Il revêt toutes les formes, du costaud de café de la gare plastronnant aux comptoirs ou à la télé jusqu'à l'intello Sorbonne chic et choc au Flore voire, au quotidien ces personnages secondaires mais redoutables que sont les entrepreneurs de maçonnerie qui réussissent tout, savent tout, vous coupent en le proclamant* même si c'est vous qui payez..


Dans tous les cas, le macho se nourrit de celle/s qu'il prétend aimer voire soutenir, un bien vilain mot ici tout à fait adapté. Et les femmes qui les subissent c'est à dire toutes à un moment de leur existence, bafouées, blessées, parfois maltraitées s'il est à demeure, n'ont pas le profil que l'on croit d'épouses soumises dépendantes et naïves -ou enfin, si à leur manière-. Ce sont pour la plupart des femmes fortes, performantes, qui tiennent tout, y compris leur macho à bout de bras sans même s'en rendre compte du moins longtemps. Pourquoi? Sans doute aiment-elles protéger ou se sont-elles laissées piéger ; ensuite, s'en dépêtrer est quasi impossible. Car le macho, "hard" lorsqu'il se sait sûr de lui ["je fais ce que je veux"] se transforme doucettement dès qu'il sent que ça va tanguer en macho "soft" ["mais c'est toi seule que j'aime"] et, au moment où il devine l'issue fatale, finit souvent ensuite en petit garçon blessé  ["c'est mon enfance, je suis mal, je n'ai que toi et sans toi je ne peux vivre.."] ce qui du reste n'est pas tout à fait faux. On a du mal à y croire, c'est le même pourtant à cinq minutes d'intervalles seulement.

Si bien que l'on croit en avoir trouvé "un" qui vous proposait -voire vous imposait- de vous servir de rocher et qui en réalité vous a usée jusqu'à la corde pour s'ancrer. On assume certes mais avec un peu plus de frustration au fir et à mesure que passe le temps.. jusqu'au moment où on craque. Car le macho parfois n'a pas de limites, se sentant soutenu, il en rajoute chaque fois un peu plus, un peu plus d'exigences, un peu plus d'infidélités, un peu plus d'humiliations même quelquefois. Soyons triviale, n'avoir ni le beurre ni l'argent du beurre à un moment devient est insupportable.. mais cela peut durer une vie, comment fuir lorsqu'on est devenue indispensable? [Il y a la peur aussi parfois.] Il le faut cependant. Ils se remettent toujours: des poires, il y en a d'autres pour ces grands spécialistes du presse-citron.

Car le fait est que certaines femmes, toutes peut-être à des degrés divers, sont curieusement formatées. Un indice troublant rarement documenté : le nombre de détenus pour de longues peines, parfois reliées à des crimes de sang, qui trouvent sans problème une "compagne" à l'extérieur, totalement dévouée et prête à tout assumer pour eux, financièrement, matériellement, pour 10, 20 ans est remarquable. L'inverse est rarissime. Leurs propos sont tous identiques : "ça a été le coup de foudre réciproque, un bonheur comme jamais..".. "il a changé, ce n'est plus le même homme".. ou encore, en dépit de toute vraisemblance : "il est innocent, c'est une cabale de ses ex".. Combien de comités pilotés par ces femmes avec un brio et une persévérance impensables pour sauver quelqu'un qu'elles ont choisi et qui, dans des circonstances normales ne les aurait probablement pas regardées et certaines sont enseignantes, cadres, séduisantes et ont d'elles-mêmes initié la rencontre -difficile de draguer lorsqu'on est bouclé-?
 
Ils se déclinent dans toutes les cultures, classes sociales, castes et niveaux d'instruction. Comme les patrons exploitent leurs ouvriers en les persuadant que sans eux ils ne pourraient vivre. Le pire est qu'à un certain niveau d'aliénation, cela devient vrai, à l'exemple de certains esclaves noirs américains libérés qui ont refusé au départ une liberté dont, trop démunis, ils ne se croyaient pas capables d'user.

* Un de ces personnages remarquables m'a même affirmé que les buses trop étroites qu'il avait installées sous un ruisseau étaient bien du 50 certes mais équivalaient en fait à du 70 car .. elles étaient élastiques ! Non, ce n'est pas un gag, lisez et amusez-vous (lien).

mercredi 9 novembre 2011

Maltraitance "blanche"

Extraits de "Secret de famille" Frison-roche éditeur (Hélène Larrivé). 

Il y a plusieurs formes de maltraitance dont la plupart passent inaperçues. Certains parents ne désirent pas [ou plus] leurs enfants. Qu'ils l'avouent ou non, ils leur pèsent, bien qu'ils  continuent à s'en occuper normalement en apparence mais comme une corvée que l'on cherche à alléger autant qu'il se peut. Les causes peuvent être internes, ils ne les ont jamais vraiment souhaités, ou fortuites, ils les ont regrettés à la suite de circonstances de la vie imprévues, un stress particulier, une série de catastrophes familiales (ou perçues comme telles), une mésentente du couple, des carrières exigeantes etc.. Il est des hommes qui sont plus maris que pères et des femmes, moins fréquemment, plus épouses que mères; en ces cas, lors d'une séparation, la rupture se fait naturellement avec les enfants, soit réelle, soit seulement affective; soit de la part d'un seul parent, soit des deux, les gosses étant perçus comme la trace ombrée du conjoint rejeté ou rejetant que l'on veut oublier afin de prendre "un nouveau départ dans la vie". 

Cela n'apparait pas toujours ou seulement à l'occasion de drames car cette maltraitance est une maltraitance en pochoir, simplement, "on" n'a pas pensé que.. Une famille par exemple qui n'a pas manqué d'acquérir la dernière alarme sophistiquée n'a pas eu l'idée de faire chanfreiner les piques du portail, d'installer un garde corps dans la salle de jeux des gamins etc.. Sans être vraiment mal aimés, ceux-ci passent toujours au second plan voire au dernier : on déménage -la carrière des parents- on prévoit "tout".. sauf l'enfant et on s'aperçoit in extremis qu'il n'y a pas de lycée à moins de 50 km (qu'importe, il sera interne).. ou que l'établissement est de tendance catho hard alors que la famille est impliquée dans des mouvements progressistes -le père est journaliste-, qu'importe il faut savoir affronter la vie etc.. C'est ainsi que ce "fils de rouges" va devenir le bouc émissaire de ses camarades briefés, un harcèlement qu'il subit dans l'indifférence voire l'initiation des professeurs*. Il y a aussi, pour les plus favorisés, la pension chic qui relaye (lien), souvent assez éloignée, comme par précaution, sous prétexte de bon air et de nature.

Lorsque la vie commune perdure malgré tout, parfois pour des raisons strictement matérielles, il arrive que les enfants en fassent plus durement encore les frais même si extérieurement ils semblent bien traités. On les soigne par habitude comme on prend soin d'un objet dont on a fait autrefois l'acquisition à l'étourdie et qui à présent encombre. Sans empathie véritable, d'où des couacs qui semblent invraisemblables dans des milieux au dessus de tout soupçon. 

Il y a ceux qui n'oublient jamais de leur donner leurs vitamines mais les laissent jouer au dernier étage de leur appartement -luxueux- dans une coquette sous-pente... sans garde-corps ! Ceux qui les confient tout petits -un mois pour le dernier né!- à une employée récente pour partir voyager à l'étranger. Il y a aussi le cas extraordinaire de l'homme dont la femme était hospitalisée en psychiatrie, incurable, qui éleva convenablement seul son fils... qu'il abandonna dès que celui-ci eut 18 ans, mission accomplie. Le jeune garçon dut alors vivre dans une cave et se nourrir au supermarché, situation qui fut tardivement découverte par un prof ; celui qui refuse le soir d'aller à 20 km chercher sa fille (15 ans) qui a raté le dernier car, elle devra les parcourir à pied et manquera de peu se faire violer; ou ceux qui les envoient faire les commissions à la nuit tombée, "c'est tout près". Ces cas-là, jamais investigués, participent cependant d'une maltraitance blanche réelle qui parfois peut générer des drames -et c'est uniquement relié au hasard- car à ce jeu de roulette russe, il arrive que parte le coup. C'est le drame, le "pas de chance" comme ont dit, formule qui cache parfois les risques qu'on a délibérément laissé courir à l'enfant.

A la base de tout accident, il faut toujours se demander "pourquoi"? Pourquoi cette petite de 8 ans était-elle dans cette ruelle à 20 heures? Parce que ses parents avaient l'habitude de se détendre le soir autour d'un verre après une journée de travail et qu'ils l'avaient diligentée pour une pizza de dernière minute. Pourquoi cette adolescente a-t-elle été contrainte d'escalader ce mur hérissé de tessons tranchants? Ce portail aux piques acérées? parce qu'ils refusaient de lui donner les clefs, à quoi bon, elle risquait de les perdre et ils étaient toujours là... enfin presque. Parce que personne n'avait pensé à faire chanfreiner les piques alors que la maison était au top confort pour tout le reste. Pourquoi cette jeune fille était-elle sur une route non éclairée un soir d'hiver depuis deux heures de temps lourdement chargée, épuisée? Parce que son père ne se souciait pas de perdre une heure pour aller la chercher. On incrimine la fatalité, l'agresseur. Certes, mais il y a aussi la désinvolture, l'égoïsme des adultes et devant le drame, on ne va pas au delà, inutile de les accabler davantage.

On est stupéfait en ces cas des explications-justifications des parents éplorés frisant l'imbécillité ou la mauvaise foi. "On leur avait bien dit pourtant de ne pas s'approcher du bord, ils n'écoutent jamais!".. "Le quartier est tranquille, il n'y avait aucun risque (!) et puis c'était tout près, 300 mètres à peine".. "Je suis presque toujours là, je ne voulais pas lui confier les clefs, elle est étourdie, on pourrait être cambriolés"... "Mais on ne peut pas grimper sur le portail, il est trop haut, je ne comprends pas".. "Il nous fallait un petit voyage pour nous reposer, la bonne avait l'air très bien, elle avait eu plein d'enfants, on a eu confiance, qui pouvait se douter?".. "Il a fallu qu'elle rate son car ce soir, ça ne m'arrangeait pas mais je serais venu de toutes manières si elle avait attendu, c'était juste un mouvement d'humeur, j'étais crevé" [il lui avait dit "débrouille-toi"]. Mais le risque à attendre sur des quais d'assez mauvaise réput et déserts dès le lycée fermé était équivalent.

Rappelons que lors d'une affaire qui défraya la chronique, la mère avait soigneusement fermé ses fenêtres pendant qu'elle repassait, radio en marche, pour éviter avait-elle dit les voleurs -elle venait de faire l'acquisition d'un objet de prix- en laissant son enfant jouer seul dehors sans qu'il lui soit possible de le voir ni de l'entendre. Aurait-elle ainsi laissé son nouveau poste TV à écran plat pour lequel elle avait tout verrouillé? 

Oui, l'enfant ne "pouvait pas" grimper sur le portail et il l'a cependant fait.. et en est mort. Oui, c'était "tout près, juste 300 m" mais 300 m dans une ruelle déserte, c'est énorme et elle a fait une mauvaise rencontre.. idem. Oui, 20 km à pied ce n'est pas la mort (4 à 5 heures tout de même) mais l'adolescente a été repérée par un violeur. Oui, "on leur avait bien dit de ne pas s'approcher du bord" mais l'un d'eux l'a fait tout de même. Idem. Oui la "bonne" paraissait "très bien", elle avait certes élevé ses propres enfants (au Mali) mais ne savait pas se servir de l'électricité et a électrocuté le dernier-né dans son bain. Oui, la télé à écran plat n'a pas été repérée mais le bambin, si.. Et lui aussi en est mort etc.. 

*Ce cas est mien. J'ai fini, à bout de subir des propos ostracistes-racistes quotidiens, par littéralement "sauter" sur une fille qui m'insultait et la jeter à terre, comme en état d'amok. L'attaque avait été si vive et si soudaine qu'elle n'avait rien vu venir. Ni moi. Je la rouais de coups, on dut me ceinturer puis me conduire, durement encadrée comme une bête fauve, chez la proviseure, une belle femme glaçante qui  me questionna avec un indicible mépris tout en feuilletant mon livret scolaire. Petit à petit, le ton changeait imperceptiblement, et lorsqu'entra ma "victime" qui avait la tête de plus que moi, elle ne put cacher sa stupéfaction. "Vous êtes aussi bonne en gym?" "Non, pas vraiment, je suis trop petite", et elle eut enfin un quart de sourire tant la disproportion de nos carrures était impressionnante. La chance pour moi fut qu'elle s'appelât Dreyfus. Je fus rayée du tableau d'honneur, renvoyée trois jours et reprise sous condition d'excellence. Ma mère me soigna alors comme un cheval de combat et la férocité avec laquelle je vis ma challenger, lors de l'épreuve qui devait nous départager, trop lourde, glisser à bout d'épuisement de la corde lisse sans avoir réussi à toucher le nœud, se brûlant cuisses et mains, demeure encore en ma mémoire. J'avais perdu mon innocence mais gagné le défi. Le prix me fut remis en grande pompe. C'était "l'affaire Dreyfus".

Note. Si personne ne m'avait défendue lorsqu'on me harcelait, en revanche, après la bagarre, personne ne m'ennuya plus jamais.